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Israël et la question juive

Saint-Victor-de-Morestel, 280 p.

TAGUIEFF Pierre-André

Juin 2011

Les Provinciales

Si l’ancienne « question juive », liée aux problèmes de l’« émancipation » politique des Juifs et de leur « assimilation » dans les sociétés de culture chrétienne, est bien aujourd’hui chose du passé, l’entrée de l’État d’Israël dans le champ de la polémique antijuive a fait surgir une « question israélienne » au cœur de l’antisionisme radical. Cette « question israélienne » est devenue une « question juive » avec l’islamisation du discours antisioniste, qui mêle les arguments de type nationaliste ou ethno-nationaliste aux thèmes politico-religieux du fondamentalisme musulman. La mise en question du droit à l’existence d’Israël constitue le thème central de la nouvelle « question juive ».

 

Comme le répète l’article 28 de la Charte du Hamas, qui résume en une phrase l’idéologie antijuive du mouvement islamiste : « Israël, parce qu’il est juif et a une population juive, défie l’Islam et les musulmans. » Le programme « antisioniste », considéré dans ses formulations radicales, a un objectif explicite qui revient à vouloir « purifier » ou « nettoyer » la Palestine de la « présence sioniste » ou « juive », considérée comme une « invasion » qui souille une terre palestinienne ou arabe (pour les nationalistes) ou une terre d’Islam (pour les islamistes). L’enracinement et l’expansion, dans l’imaginaire du monde musulman, d’un grand récit négatif sur Israël et le « sionisme » constituent l’un des principaux obstacles à l’établissement d’une paix véritable et durable au Proche-Orient. La propagande et l’endoctrinement « antisionistes » entretiennent la haine et la méfiance à l’égard d’Israël, désormais profondément inscrites dans les mentalités des populations proche-orientales. En politique, prendre ses désirs pour la réalité, c’est l’illusion dangereuse par excellence. Ce qui est sûr, c’est qu’il est politiquement et géopolitiquement irresponsable de rechercher la paix en continuant de sous-estimer la ré-islamisation dans un sens jihadiste de la cause palestinienne. C’est là rêver les yeux ouverts. Derrière la flambée d’illusion lyrique qu’a provoquée le « printemps arabe » des premiers mois de 2011, l’islamisation de la cause palestinienne est loin de refluer.

 

À l’époque de l’affaire Dreyfus, Max Nordau notait avec sagacité : « Nous pouvons faire ce que nous voulons, aux yeux de nos ennemis, les Juifs du monde entier ne font qu’un. » Mieux vaut souffrir de n’être pas aimé que disparaître sous les applaudissements de ses ennemis. En 2011, la région proche-orientale tout entière est devenue une zone de turbulence et d’instabilité dans laquelle l’hypothèse de nouveaux affrontements armés paraît la plus vraisemblable. Aussi faible soit-elle, la probabilité d’une reconnaissance entre Israël et ses ennemis actuels doit cependant faire l’objet d’une espérance active. Il n’est pas impossible qu’une telle paix soit possible. Mais il est sûr que le chemin tortueux qui y conduira ne sera pas jonché de roses. L’Histoire ne saurait échapper au tragique.

 

TAGUIEFF Pierre-André

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