Une procédure qui structure le temps et l’espace politiques

Temporellement, cette procédure n’élit pas n’importe quel président. Hier, elle élisait un président septennal avec risque de désaveu législatif intermédiaire. Aujourd’hui, elle élit un président quinquennal avec demande immédiate de confirmation législative. Dans la longue phase qui la précède – que ce soit par l’anticipation des acteurs, l’apparition des sondages pré-électoraux, la présélection partisane des candidats, les rituels de désignation, les expectatives des électeurs, la quête et la mise en scène des cinq cents signatures ou le passage à la campagne officielle – l’élection structure la vie politique plus d’une année à l’avance. Au lendemain des deux tours, elle se prolonge désormais par son additif, les élections législatives qui représentent en quelque sorte le troisième tour de confirmation ou d’infirmation de son verdict, avec la constitution d’un gouvernement intermédiaire et la mise en sommeil de l’Assemblée nationale.

Spatialement, l’élection présidentielle structure aussi l’espace politique. La limitation du second tour à deux des candidats représente une contrainte qui tend à obliger toutes les forces et les électorats de gauche comme de droite à se regrouper en deux coalitions enthousiastes ou résignées. Cela n’empêche naturellement pas, parfois, des ambiguïtés – Alain Poher leader de la « non-droite » en 1969 – et des exceptions – Jean-Marie Le Pen qualifié en 2002. Mais on ne saurait surestimer l’importance fondamentale du retour périodique de cette contrainte « binaire » qui ne cesse de reconstruire l’alternative gauche-droite, reconstruction d’autant plus importante en période d’atomisation partisane et de dilution des repères. Même l’exception de 2002 joue, d’une certaine manière, a contrario dans le sens de cette reconstruction.

Car, paradoxalement, le premier tour de l’élection présidentielle joue potentiellement à l’inverse du second : alors que celui-ci contraint – dans les sens du regroupement binaire -, le premier tour permet – dans le sens de la multiplication des candidats, seulement limitée par l’obligation des cinq cents signatures. Ce premier tour comprend en effet deux logiques potentielles : une « logique de qualification » qui oriente la stratégie des acteurs et des électeurs vers les candidats les plus susceptibles d’être présents au second tour et de le remporter ; et une « logique d’expression » qui utilise ce premier tour pour faire passer un message ou représenter la spécificité d’une famille politique. Au cours des années, les partis et les électeurs ont de plus en plus privilégié la seconde logique aux dépens de la première : les partis ont ainsi multiplié le nombre des candidats (six en 1965, seize en 2002), tandis que les électeurs accordaient de plus en plus de suffrages à l’ensemble des candidats autres que les deux qualifiés pour le second tour (21% en 1965, 63% en 2002).

> Les deux problèmes : présélection des candidats et articulation des verdicts

> Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), archives électorales, EL 23, référendum du 28 octobre 1962, tract électoral autocollant de l’Association nationale pour le soutien de l’action du Général de Gaulle.

> Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), archives électorales, EL 23, référendum du 28 octobre 1962, tract électoral du Parti communiste français.