L’attachement des Français à la présidentielle

Après les controverses qui ont accompagné son introduction dans la Constitution, l’élection présidentielle évoluera de l’approbation majoritaire immédiate au consensus quasi unanime. De tous les éléments qui constituent le système institutionnel de la Cinquième République, elle en est le plus apprécié par les Français : 80 à 90% d’entre eux s’y déclarent favorables au cours des enquêtes. La participation électorale y est en moyenne plus forte qu’aux autres scrutins et les seconds tours de 1965, 1975 et 1981 ont établi les records absolus de toute l’histoire électorale française. De même, en approuvant massivement en 2000 la réduction du mandat du président à cinq ans, les électeurs ont montré qu’ils souhaitaient accélérer le rythme de son élection.

Les raisons du triomphe de cette élection, perceptible dans tous les électorats, sont très claires.

Les enquêtes qualitatives révèlent d’abord la satisfaction qu’éprouve le citoyen à choisir lui-même le véritable responsable du pouvoir et à le « renvoyer » éventuellement, ensuite le sentiment d’un droit qui vient de loin et qu’aurait retardé ou occulté la médiation du parlementaire absolu de la Troisième et de la Quatrième République. L’aspect festif de cet acte électoral suprême, enfin, n’est pas étranger à ce bel unanimisme.

Ainsi plébiscitée par les électeurs, cette procédure a vu progressivement s’y rallier les principales forces qui en avaient combattu l’adoption. Les grands partis qui peuvent espérer voir l’un des leurs accéder à la présidence s’en sont même parfois inspirés pour désigner leur leader ou choisir leur candidat. Ainsi, ce que l’on a appelé quelquefois la « présidentialisation » des partis confirme cette interaction entre le leadership partisan et l’aptitude de ces leaders à être candidat à l’élection présidentielle. Par ailleurs, si l’on voit parfois apparaître dans les suggestions de révision constitutionnelle une critique rétrospective de la réforme de 1962, elles peinent manifestement toutes à en proposer la suppression, oscillant entre le scepticisme résigné et les suggestions subtiles de neutralisation de la présidence qui ne vont pas jusqu’à en toucher le mode d’élection.

On comprend mieux à ce stade pourquoi l’élection présidentielle ne se limite pas pour les Français au simple dépôt d’un bulletin dans l’urne. Elle constitue un véritable processus qui commence longtemps avant, structure le comportement des acteurs politiques, les alliances des partis et les perceptions des électeurs et reconstruit à chaque fois la présidence.

> Une procédure qui structure le temps et l’espace politiques

> Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), archives électorales, EL 33, élection présidentielle des 5 et 19 décembre 1965, tract électoral du Parti communiste français en faveur de François Mitterrand, 1er tour.