Du 1er au 15 février 2012

> Mercredi 1er février 2012 – Nicolas Sarkozy justifie le fait de n’être pas encore officiellement candidat à l’élection présidentielle : « Parfois, l’attente fait monter le désir. Le désir est nécessaire. La stratégie, il n’y en a pas d’autre. » Ne cachant plus, néanmoins, la certitude de sa future candidature, il ajoute à l’attention de François Hollande : « On s’est beaucoup émerveillé devant Le Bourget mais ça n’a rien à voir avec le 14 janvier 2007 (son grand discours à la Porte de Versailles devant 80 000 personnes), a-t-il lancé avec un brin d’orgueil. Vous allez voir ce que vous allez voir ! »

Lors de la séance d’ouverture du Salon des entrepreneurs, à Paris, le président de la République affirme avoir « fait le choix de l’emploi industriel en France ». Devant plusieurs milliers de créateurs d’entreprises, il critique les banques françaises : « Nous avons les banques les plus importantes d’Europe et, quand il faut prêter de l’argent aux PME, c’est l’État qui est obligé de renforcer le rôle d’Oseo et de créer une banque de l’industrie. On se demande à qui les banques commerciales prêtent de l’argent ! »

François Bayrou détaille son programme devant la presse. Le remboursement de la dette étant son thème de prédilection, le candidat du MoDem préconise 50 milliards d’économie, notamment en plafonnant les dépenses de la « puissance publique » (État, Sécurité sociale et collectivités locales), et 50 milliards de recettes supplémentaires notamment grâce à un « coup de rabot » sur les niches fiscales qui devrait rapporter 20 milliards en trois ans et une augmentation de 1 % de la TVA dès 2012 et, au besoin, d’un autre point en 2014, qui devrait également rapporter 20 milliards en trois ans. Enfin, le candidat centriste préconise deux tranches supplémentaires d’imposition sur le revenu et la transformation de l’ISF en une majoration de ce même impôt, le tout devant rapporter 10 milliards d’euros.

Alors qu’il prononce une allocution devant la Fondation Abbé-Pierre, François Hollande est aspergé de farine par une déséquilibrée sortie de la foule. L’incident, sans gravité, intervient la veille du jour où le service de sécurité rapprochée du candidat socialiste doit passer de deux à quatorze personnes.

> Jeudi 2 février 2012 – Selon une étude du Cercle des fiscalistes publiée dans Le Figaro, le projet fiscal de François Hollande « n’épargnerait ni les PME, ni les salariés, ni les commerçants. »

Jean-Luc Mélenchon, qui rencontre une affluence plus importante que prévu lors de ses meetings, au point de devoir parfois louer des salles plus grandes, est contraint de revoir son budget de campagne à la hausse de 400 000 euros.

Le Conseil d’État accepte de transmettre au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Marine Le Pen au sujet de l’anonymat des parrainages d’élus. Le Conseil devrait rendre sa décision avant le 22 février, après une audience publique le 16 février.

> Vendredi 3 février 2012 – Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire du PS à l’international, exclut formellement que la gauche puisse aider Marine Le Pen à recueillir ses 500 signatures. « Vous n’imaginez quand même pas que le PS - et la gauche en général - va donner des signatures à Marine le Pen ! », déclare-t-il au Figaro.

> Dimanche 5 février 2012 – Lors d’un meeting à Toulouse, Marine Le Pen s’en prend à ses adversaires politiques, qu’elle accuse de l’empêcher de recueillir les 500 signatures nécessaires à sa candidature. « Ça ne leur suffit pas de tenter de nous empêcher d’avoir un candidat à l’élection présidentielle, a-t-elle fulminé. De surcroît, ils sont en train de laisser croire aux maires de petites communes que nous sommes des menteurs. Ce sont eux les menteurs ! », a tonné la président du FN, qui affirme ne disposer que de 352 promesses de parrainages. Le même jour, un sondage Ifop pour le JDD révèle que, dans l’hypothèse où elle ne pourrait être candidate, Nicolas Sarkozy ferait jeu égal avec François Hollande à 33 % des suffrages, devant François Bayrou à 17 %.

> Mardi 7 février 2012 – Corinne Lepage et Christine Boutin plaident également pour l’anonymat des parrainages. « Nous avons tous le même problème », explique la candidate de CAP 21. « Nous nous retrouvons face à des maires qui ne veulent pas donner leur parrainage en raison des pressions reçues ou escomptées. » Au Parti chrétien-démocrate, on rappelle que Christine Boutin avait déjà présenté les arguments de Marine Le Pen au Conseil constitutionnel dans un courrier public en date du 12 décembre 2011.

> Mercredi 8 février 2012 – Laurent Hénart, secrétaire général du Parti radical, prédit « une recomposition politique [de la droite] inévitable, quel que soit le résultat de la présidentielle. »

D’après Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, « ont comploté depuis de longs mois pour que Marine Le Pen n’ait pas ses signatures » et pour que le président de la République devienne ainsi « le candidat de remplacement » de l’extrême-droite.

> Vendredi 10 février 2012 – Dans une interview au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, qui prépare son entrée officielle en campagne, prône entre autres un référendum sur les droits et la formation des chômeurs. En réaction, François Bayrou dénonce «  une idée pernicieuse, qui montre à quel point le pouvoir est aujourd’hui dans le désarroi. »

> Lundi 13 février 2012 – Christine Boutin annonce son retrait de la campagne présidentielle et se rallie à Nicolas Sarkozy. La présidente du Parti chrétien-démocrate explique ce ralliement par l’opposition du président sortant au mariage homosexuel et à l’euthanasie affirmée lors de son interview au Figaro Magazine.

François Bayrou essuie un refus unanime de ses adversaires politiques après avoir proposé une réunion des chefs de parti pour déterminer ce qu’il faudrait faire pour que Marine Le Pen ait ses signatures. Celle-ci a salué le « comportement républicain et démocrate » du président du MoDem, tout en précisant : « je n’ai pas à lui dire merci. Ce qui est dramatique, c’est qu’il soit un des seuls à tenir ce genre de discours. » Avant d’ajouter : « Ce n’est pas moi que je défends, ce sont les millions de Français qu’on cherche à faire disparaître de cette élection présidentielle. » Marielle de Sarnez, numéro deux du MoDem, juge également la situation avec gravité. « Si elle n’a pas ses signatures, cela pose un problème au fond pour le pluralisme, estime-t-elle. C’est absolument incroyable de voir le Parti socialiste, au fond, avancer comme si la question du pluralisme n’était pas une question dans la démocratie française. »

> Mardi 14 février 2012 – Un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match crédite Nicolas Sarkozy de 25,5 % d’intentions de vote, derrière François Hollande (30 %) mais largement devant Marine Le Pen, à 17,5 %. Derrière, François Bayrou recevrait au premier tour 11 % des suffrages et Jean-Luc Mélenchon, 7,5 %.

Jean-Luc Mélenchon, devant la presse internationale, fait part de son agacement envers François Hollande. « S’il n’est pas au courant qu’il y a des communistes en France, je me demande comment il va faire pour les faire voter pour lui. Il y a de la part de François Hollande une attitude hautaine à l’égard du reste de la gauche qui commence à être assez insupportable. » Cela fait suite à la déclaration du candidat socialiste au journal anglais The Guardian, auquel il disait la veille : « Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France... La gauche a été au gouvernement pendant quinze ans au cours desquels nous avons libéralisé l’économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a rien à craindre. »

> Mercredi 15 février 2012 – Au 20 heures de TF1, Nicolas Sarkozy annonce officiellement sa candidature à l’élection présidentielle. Le président sortant dit avoir pris cette décision « depuis plusieurs semaines […] parce que la France et le monde connaissent une situation sans précédent. » Selon lui, ne pas se représenter serait « comme un abandon de poste ». Il annonce comme programme une poursuite de l’effort de réduction des dépenses et adopte un discours rassembleur : « Il y a une France qui ne croit plus en rien. Mon engagement central, c’est redonner la parole au peuple, par le référendum. » Il n’a enfin pas manqué d’attaquer le projet socialiste : « Veulent-ils une France faible. Le rêve français ? Ça se termine toujours en cauchemar. » Dans la journée, on apprend que le poste de porte-parole du président-candidat a été confié à Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie qui devrait donc démissionner rapidement de son poste.


Du 16 au 29 février 2012

> Vendredi 17 février 2012 – Sur Twitter, Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la République, fait à son tour part de ses inquiétudes concernant l’obtention de ses 500 signatures : « Proche des 500, écrit-il, mais ce sera très juste. Les maires sont très réticents. »

> Samedi 18 février 2012 – Dans une interview au Figaro Magazine, Hervé Morin, président du Nouveau Centre, annonce son retrait de la course à la présidentielle et son ralliement à Nicolas Sarkozy. « La crise économique m’a rendu lucide », explique le président du Nouveau Centre, qui n’avait par ailleurs recueillis à ce stade que 280 parrainages sur les 500 requis.

> Dimanche 19 février 2012 – Lors de la première convention du Front national pour l’élection présidentielle, Marine Le Pen fait de Nicolas Sarkozy sa cible prioritaire. « Plus c’est gros, plus ça passe. Nicolas Sarkozy, le candidat des puissants, est devenu le candidat du peuple. C’est l’ultime marque de mépris d’une présidence ratée », déclare-t-elle lors de son discours à Lille Grand Palais.

Interrogé sur BFMTV, François Hollande accuse Nicolas Sarkozy d’avoir instauré un « État UMP », notamment à propos des nominations de proches du président de la République au sein de l’administration. « Il y a eu un État UMP qui s’est installé, affirme-t-il. Eh bien nous aurons, sans qu’il y ait de brutalité, sans qu’il y ait d’excès, à remettre l’État républicain à sa place. »

> Lundi 20 février 2012 – Le premier sondage depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy paraît. Réalisé par OpininWay-Fiducial pour Le Figaro et LCI, il montre un rapprochement entre François Hollande (29 %) et le président sortant (27 %), qui distancent tous deux les autres candidats. Marine Le Pen est créditée de 16,5 % des intentions de vote, devant François Bayrou (13 %), Jean-Luc Mélenchon (8 %), Eva Joly (2 %) et Dominique de Villepin (2 %). D’après les analystes, Nicolas Sarkozy bénéficierait à la fois de l’effet médiatique de son entrée officielle en campagne et du retrait en sa faveur de Christine Boutin et Hervé Morin.

Invité de l’émission « Parole de candidat » sur TF1, François Bayrou prône une réforme profonde du mode de scrutin. Partisan d’une « Assemblée plus forte et resserrée », il préconise la réduction du nombre de députés de 577 à 400, dont 100 seraient élus à la proportionnelle. La veille, sur M6, le président du MoDem s’était dit « persuadé » qu’il serait au second tour de la présidentielle.

> Mardi 21 février 2012 – Le Conseil constitutionnel rejette la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Marine Le Pen au sujet de la publication des parrainages d’élus. Les Sages, en la personne de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, estiment en effet que « la présentation de candidats par les citoyens élus habilités ne saurait être assimilée » à une  quelconque sympathie politique. En conséquence, « cette publicité ne saurait en elle-même méconnaître le principe du pluralisme des courants d’idées et d’opinions ». Louis Aliot, vice-président du FN, y voit un « manque de courage ». Selon l’entourage de la candidate, environ 410 promesses de parrainage auraient été recueillies à ce jour.

Selon la nouvelle vague du baromètre CSA pour BFMTV, RMC et 20 Minutes, Nicolas Sarkozy ne serait plus qu’à un point de François Hollande, avec 27 % des intentions de vote contre 28 % pour le candidat socialiste.

> Mercredi 22 février 2012 – Sur le plateau du 20 heures de TF1, Frédéric Nihous, président national de Chasse, Pêche, Nature et Tradition, renonce à être candidat à l’élection présidentielle et se rallie à Nicolas Sarkozy. « Il faut être lucide, réaliste : je suis dans l’impossibilité de réunir les 500 parrainages », explique-t-il.

> Jeudi 23 février 2012 - Invitée de l’émission politique « Des Paroles et des actes » sur France 2, Marine Le Pen se trouve opposée à Jean-Luc Mélenchon, avec qui elle avait pourtant refusé de débattre aux motifs que cela était déjà arrivé deux fois, ainsi qu’en raison des propos très violents tenus à son égard par le président du Front de gauche. Face à elle, ce dernier a d’ailleurs réitérés ces propos, qualifiant Marine Le Pen de « semi-démente », « barbare », « fasciste » et « bête », affirmant que son « obsession névrotique contre les étrangers » trahit « un grand dérangement mental ». Pour sa part, la candidate du FN s’en est pris à la chaîne : « L’objectif de France 2, déclare-t-elle, est clairement de laisser M. Mélenchon exprimer sa violence à l’égard d’une candidate et de ses millions d’électeurs dans le but de provoquer un ‘clash’ qui ferait le ‘buzz’. Ces pitoyables considérations d’audimat déshonorent le service public. »

> Samedi 25 février 2012 – Alain Krivine, ancien dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire et candidat aux élections présidentielles de 1969 et 1974, affirme que Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), parviendra à recueillir ses 500 signatures. « Il est totalement exclu que nous abandonnions la partie », ajoute Alain Krivine. Philippe Poutou, depuis son entrée en campagne, n’a pas dépassé 1 % d’intentions de vote dans les sondages.

> Dimanche 26 février 2012 – Invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, François Bayrou attaque durement François Hollande. « On a l’impression que François Hollande se promène dans cette campagne, en étant sûr d’être élu, avec une condescendance. C’est un excès de confiance en soi et de mépris assez peu justifié », lance-t-il avant de dénoncer la « complicité affichée » de la droite et de la gauche.

Invité sur Radio J, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant affirme que le Front national est « un parti national et socialiste », avant de préciser « pas national-socialiste, mais pas républicain ». Louis Aliot, vice-président du FN, réclame sa démission.

En meeting à Châteauroux, Marine Le Pen s’adresse à la France rurale. Elle promet « une formidable renaissance » aux « paysans » qui, selon elle, « subissent de plein fouet les ravages de la mondialisation. » Elle s’adresse également aux chasseurs, défendant la chasse « que le parisianisme présente trop souvent comme s’opposant à la nature […]. Il est temps de ne plus considérer les chasseurs comme des barbares. Il faut faire confiance à ceux qui ne gèrent pas nos faunes à coups de statistiques mais qui la vivent au quotidien. », déclare-t-elle.

> Lundi 27 février 2012 – Invité de l’émission Parole de candidat sur TF1, François Hollande propose un taux d’imposition à 75 % pour tous les revenus (travail et épargne) à partir d’un million d’euros par an.

> Mardi 28 février 2012 – Nicolas Sarkozy juge « démagogique et irréaliste » la proposition de François Hollande d’imposer les hauts revenus à 75 %. En déplacement à Montpellier, le président sortant dit y voir « une impression d’amateurisme assez consternante » et dénonce la « folie égalitariste » du candidat socialiste, « qui nourrit cette folie fiscale qui s’en prend au talent, à la réussite, à l’esprit d’entreprise […] qui isole la France du reste du monde. » Il raille également la proposition de François Hollande de créer 60 000 emplois supplémentaires dans l’éducation, évoquant « une fable ».

> Mercredi 29 février 2012 – Alors que François Hollande est en déplacement à Londres, David Cameron, chef du gouvernement britannique, refuse de le recevoir. Il est en revanche reçu par le leader du parti travailliste, Ed Miliband.