Du 1er au 15 avril 2012

> Dimanche 1er avril 2012 – Laurence Parisot, présidente du Medef, apporte son soutien à Nicolas Sarkozy sur Europe 1. « On ne mesure pas assez tout ce qui a été fait ces dernières années, a-t-elle indiqué. Le bilan de Nicolas Sarkozy n’est pas un boulet mais un boulot extraordinaire. Il faut continuer le travail effectué ces cinq dernières années. », déclare-t-elle avant d’affirmer qu’avec François Hollande, « on va dans le mur ».

En meeting à Grigny (Essonne), Jean-Luc Mélenchon s’en prend au PS, dont il essuie des critiques depuis plusieurs jours, notamment de la part du maire socialiste de Lyon Gérard Collomb qui avait déclaré que le candidat du Front de gauche proposait « ce qui a échoué au Cambodge ». « Qu’est-ce que ça signifie, ce tir de barrage incroyable ? Qu’est-ce que cela veut dire, de s’en prendre à moi quand on est de gauche ? Occupez-vous de l’extrême droite, occupez-vous de Sarkozy, fichez-nous la paix », a tonné le candidat d’extrême gauche.

En déplacement en Corse, François Bayrou accuse Nicolas Sarkozy et François Hollande de « déni de réalité » et de « non-assistance à pays en danger ».

> Lundi 2 avril 2012 – Lors d’un discours prononcé au siège de la CGPME, François Hollande promet « une nouvelle donne, un nouveau cadre fiscal et réglementaire » aux patrons de PME. Le candidat socialiste s’engage à garantir la non-rétroactivité des lois – que la CGPME considère comme une mesure prioritaire – et à créer un « principe de spécificité PME » qui sera imposé à toutes les lois s’il est élu président, ainsi qu’un taux d’imposition progressif en fonction de la taille de l’entreprise, et modulable « selon que les bénéfices dégagés sont redistribués aux actionnaires ou réinvestis. »

Harlem Désir, numéro deux du PS, et Christophe Borgel, en charge des investitures, menacent tous deux d’exclure Arnaud Montebourg du PS après que celui-ci a, la veille, sur BFMTV, remis en question l’accord PS-Europe Écologie pour les législatives.

> Mardi 3 avril 2012 – François Hollande provoque l’indignation de la droite en déclarant à propos de Nicolas Sarkozy : « on va le taper ». François Fillon rappelle que l’élection présidentielle n’est pas « une bagarre de rue » et que « ce n’est pas en jouant les gros durs qu’on élève le débat ». De son côté, Nicolas Sarkozy raille son rival et confie à son entourage : « j’ai vraiment hâte d’être au débat d’entre-deux-tours, je vais l’atomiser ! »

François Bayrou, en faveur d’un débat opposant les dix candidats avant le premier tour à l’instar de Nicolas Dupont-Aignan et de tous les candidats à l’exception des deux favoris, dénonce sur RTL « une entente clandestine entre François Hollande et Nicolas Sarkozy pour ne pas débattre ». Plus tard, sur LCP-La Chaîne parlementaire, il accuse également les médias de « ne pas faire leur boulot ».

> Mercredi 4 avril 2012 – François Hollande publie une brochure de quatre pages détaillant sa « feuille de route » pour les cent premiers jours de son mandat, s’il est élu le 6 mai. La première mesure serait « la réduction de la rémunération du chef de l’État et des membres du gouvernement de 30 % ». En outre, le candidat PS prévoit de faire voter avant juillet 2012 son projet fiscal, prévoyant une hausse d’impôts de 50 milliards d’euros.

Nicolas Sarkozy est en déplacement à l’île de la Réunion, que François Hollande visitait la veille. Le président sortant promet notamment l’exonération totale de charges pour l’embauche d’un employé de moins de 25 ans, dans un département où le chômage des jeunes dépasse 60 %.

> Jeudi 5 avril 2012 – Lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy présente une « Lettre au peuple français » qui, d’après Le Figaro, « insiste davantage sur la philosophie de son projet que sur les mesures concrètes ». Le soir même, lors d’un meeting de François Hollande à Nice, Najat Vallaud-Belkakem et Bruno Le Roux, porte-parole du candidat socialiste, évoquent « une montagne ayant accouché d’une souris pathétique », « un candidat autiste par rapport à son bilan » et « un embrouillamini de propositions sans aucune cohérence ».

Invitée du Talk Orange-Le Figaro, Marine Le Pen attaque Jean-Luc Mélenchon, affirmant qu’il « joue exactement le même rôle que celui qui avait été réclamé à Bernard Tapie : insulter et lutter exclusivement contre le Front national et jouer le populo du PS » et ajoutant qu’il « participe intégralement du système qu’il est censé combattre. »

> Vendredi 6 avril 2012 – En campagne dans les quartiers difficiles de la banlieue parisienne, François Hollande mise avec succès sur l’antisarkozysme, son discours à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) étant notamment interrompu par la foule scandant : « Sarkozy, à la porte ! »

> Dimanche 8 avril 2012 – Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, Nicolas Sarkozy se prononce contre l’idée d’un débat opposant les dix candidats, mais « prêt à participer à deux débats » entre les deux tours. Tendant la main aux électeurs de François Bayrou, il attaque à nouveau François Hollande, qui est selon lui « otage de Jean-Luc Mélenchon après avoir été celui d’Eva Joly et des factions du Parti socialiste ».

> Mardi 10 avril 2012 – À la suite de François Hollande, Nicolas Sarkozy effectue une visite surprise dans les quartiers sensibles, à Drancy (Seine-Saint-Denis). Il y dénonce l’absence de propositions du candidat PS lors de son passage dans les banlieues : « La prochaine fois, il restera moins longtemps et sortira plus d’idées, a-t-il ironisé. Il y a ceux qui parlent et exploitent la misère et ceux qui font. » Le président-candidat rencontre également des représentants religieux avec qui il s’entretient de l’affaire Merah, et tient un discours protecteur pour l’islam : « L’Islam de France est la deuxième religion de France. C’est une religion de paix [...]. Tout ce qui peut être fait pour éviter les amalgames sera fait. »

> Jeudi 12 avril 2012 – En déplacement à Clermont-Ferrand, François Hollande reçoit le soutien actif de Robert Hue. « Une partie de l’électorat communiste ne se retrouve pas dans la candidature Mélenchon », affirme l’ancien numéro un du Parti communiste, qui appelle à « rassembler le plus largement possible dès le premier tour. L’éparpillement, c’est courir un risque […] La vraie radicalité, ce n’est pas celle qui se complaît dans une phraséologie pseudo-révolutionnaire », ajoute-t-il à l’intention du candidat du Front de gauche.

Invité du Talk Orange-Le Figaro, Arnaud Montebourg se dit persuadé que Jean-Luc Mélenchon va « refluer » et qu’une partie de ses électeurs se reporteront sur François Hollande dès le premier tour. En outre, l’ancien candidat aux primaires socialistes estime qu’il n’y a « pas de négociation à avoir » avec le Front de gauche dans l’entre-deux-tours, rappelant que « l’histoire des gauches, c’est leur union ».

Invité de l’émission Des Paroles et des Actes sur France 2, François Bayrou affirme que « le modèle social français et menacé au-delà de quelques mois », avant de proposer « une stratégie nationale des filières (bois, textiles…) pour regagner les parts de marché perdues ».

> Vendredi 13 avril 2012 – Jean-Luc Mélenchon révèle qu’il envisage de se présenter aux législatives dans la sixième circonscription de Paris, contre Cécile Duflot, secrétaire nationale d’Europe-Écologie Les Verts.

Nicolas Dupont-Aignan annonce son projet de présenter plus de 400 candidats aux élections législatives. En outre, il adresse une même critique à François Hollande et Nicolas Sarkozy : « ils se sont mis dans la main des marchés financiers […]. L’euro est leur tombeau. Sarkozy et Hollande ne l’ont pas compris. »

> Dimanche 15 avril 2012 – Place de la Concorde à Paris, Nicolas Sarkozy tient le plus grand meeting de sa campagne. Devant 80 000 à 100 000 personnes selon l’UMP, le président sortant lance un appel à « la majorité silencieuse » et annonce un « nouveau modèle social », fondé sur l’organisation d’un « nouveau modèle de croissance » afin d’ « organiser les conditions des nouvelles trente glorieuses du XXIe siècle ».

À Vincennes, François Hollande tient lui aussi son plus grand meeting de campagne, devant 100 000 personnes selon le PS. « Jusqu’au bout j’irai chercher ces électeurs pour les sortir de leur isolement et pour les appeler fièrement à construire leur avenir avec nous », déclare le candidat socialiste, se disant par ailleurs conscient « des embûches » et « même des pièges » qui l’attendent encore avant le premier tour.

Jean-Luc Mélenchon est en meeting à Marseille, devant plus de 50 000 personnes (120 000 selon le Front de gauche). Sur la plage du Prado, il tient un discours sur le métissage qu’il appelle de ses vœux, affirmant notamment qu’il n’y a « pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères ».

En meeting à Hénin-Beaumont devant 1700 personnes, Marine Le Pen tente de décrédibiliser les grands meetings des deux favoris, raillant « les bobos venus, après le brunch, au spectacle de la Concorde avant de filer en Velib’ à Vincennes voir si François a une cravate plus cool que Nicolas. »

 

 

 

Du 16 au 30 avril 2012

> Lundi 16 avril 2012 – François Bayrou, sur Europe 1, affirme toujours que les jeux ne sont pas faits pour le premier tour. « Plus de 60 % des Français ne veulent pas d’un second tour Hollande-Sarkozy. Et pourtant, on les tympanise tous les jours avec un vote prédécidé (sic)», dénonce le leader du MoDem.

Dans la cour des Invalides, Nicolas Sarkozy, François Hollande, François Bayrou et Eva Joly assistent aux obsèques du résistant Raymond Aubrac, décédé le 10 avril à l’âge de 97 ans.

> Mardi 17 avril 2012 – Martin Hirsch, ex-Haut-commissaire aux Solidarités actives de Nicolas Sarkozy, s’attire les foudres des autres membres du gouvernement en annonçant son intention de voter François Hollande au premier tour. Avant lui, Fadela Amara, ex secrétaire d’État à la Ville, avait déjà annoncé la même démarche au journal Libération.

En déplacement à Morlaix (Finistère), Nicolas Sarkozy revient, lors d’une allocution, à l’un de ses thèmes de campagne initiaux, les racines chrétiennes de la France. « En Bretagne, ou il y a tant d’églises et de chapelles, vous pouvez aller à la messe ou pas. Mais savoir d’où l’on vient, qui l’on est, ça permet ensuite de tendre la main aux autres », déclare le président-candidat.

Marine Le Pen tient son dernier meeting de campagne au Zénith de Paris, devant 7000 personnes. Dans son discours, elle affirme que la défaite de Nicolas Sarkozy est inéluctable et qu’elle représente le vrai « vote utile » à droite. Les derniers sondages la situent légèrement en hausse, entre 14 et 17 % des intentions de vote. Le matin même, Bruno Gollnisch, son ancien rival pour la présidence du Front national, avait réaffirmé son soutien à la candidate FN et regretté, dans un bille posté sur son blog, que Nicolas Dupont-Aignan choisisse de faire cavalier seul plutôt que de se rallier à Marine Le Pen, dont il estime que le programme est largement similaire.

Lors de son dernier meeting de campagne au Bataclan, à Paris, Nicolas Dupont-Aignan appelle ses partisans à « ne pas donner un chèque en blanc à ceux qui ont gouverné la France pendant trente ans. » Crédité de 1 % d’intentions de vote dans les sondages, le candidat souverainiste estime « avoir gagné la bataille idéologique » et être le seul à avoir mené « une vraie campagne ».

> Mercredi 18 avril 2012 – Dans Le Figaro, Hervé Morin, président du Nouveau Centre rallié à Nicolas Sarkozy, demande à François Bayrou « d’appeler à voter pour Nicolas Sarkozy ». Le candidat du MoDem est crédité de 11 % d’intentions de vote dans la plupart des sondages récents.

Très sollicité par la droite comme par la gauche, François Bayrou « refuse obstinément de [se] laisser attirer dans un débat de second tour », ce qui, selon lui, « signifierait accepter la bipolarisation de la vie politique française ».

Philippe Poutou accuse la CGT, dont il est membre, de « faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon » en lui apportant « un soutien logistique ».

François Hollande annonce la création, s’il est élu, de 1000 postes supplémentaires de professeurs des écoles dès la rentrée de septembre 2012.

> Jeudi 19 avril 2012 – Nicolas Sarkozy s’en prend violemment à la règle du CSA, qui impose depuis le 9 avril une stricte égalité du temps de parole et d’antenne entre les dix candidats. « La conception de l’égalité à la française, c’est neuf contre un ! », s’indigne le président sortant, avant de railler ses plus petits concurrents : « Je passe à la télévision à des heures extraordinaires entre des personnes que je ne connais pas, qui viennent tous les cinq ans, comme une forme de Festival de Cannes. […] Quels sont ces personnages à qui on donne des temps de parole extraordinaires, qu’on n’a pas vus avant, qu’on ne verra pas après ? Quelle curieuse façon d’exprimer la démocratie ! »

François Hollande, en déplacement à Bordeaux pour son dernier meeting, affirme qu’il n’y aura aucune négociation avec le reste de la gauche : « Il n’y a pas de place dans une présidentielle pour une négociation entre partis. Pas de troc, de concession, d’échanges. »

Sur France 2, Jean-Luc Mélenchon exclut d’entrer au gouvernement en cas de victoire de François Hollande : « Je ne vois pas comment nous irions dans un gouvernement dans lequel François Hollande a dit que son programme, c’est à prendre ou à laisser. Dans ces conditions, on laisse. » Le candidat du Front de gauche tient le soir même son dernier meeting de campagne porte de Versailles, à Paris. Il y appelle à voter pour lui contre Marine Le Pen.

> Dimanche 22 avril 2012 – À midi, le taux de participation s’élève à 28,29 % selon le ministère de l’Intérieur. En baisse par rapport au record de 2007 (31,21 % à la même heure), il reste nettement plus élevé qu’en 2002 (2&,4 %).

À 17 heures, le taux de participation est de 70,59 %, contre 73,87 % en 2007 et 58,45 % en 2002 à la même heure.

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, les candidats François Hollande (Parti Socialiste) et Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire) accèdent au second tour, avec respectivement 28,63 % et 27,18 % des voix. Suivent Marine Le Pen (Front national) avec 17,9 %, Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) avec 11,11 %, François Bayou (MoDem) avec 9,13 %, Eva Joly (Europe Écologie-Les Verts) avec 2,31 %, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République !) avec 1,79 %, Philippe poutou (Nouveau parti anticapitaliste) avec 1,15 %, puis Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) avec 0,56 % et Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) avec 0,25 %. Le taux d’abstention est de 20,53 %.

Nicolas Sarkozy s’exprime devant les militants de l’UMP, salle de la Mutualité à Paris. Il se félicite de la forte participation, estimant que « les Français ont pris la mesure d’un choix historique ». Analysant immédiatement un « vote de crise », le président-candidat oriente son allocution en direction des électeurs du Front national, mettant en avant ses thèmes de campagne les plus droitiers, immigration et « amour de la patrie ». Jugeant, devant les journalistes, la victoire « tout à fait jouable », il crée la surprise en demandant à son rival pas moins de trois débats télévisés d’entre-deux-tours.

À 21 heures, à la salle Equinoxe dans le XVe arrondissement de Paris, Marine Le Pen prononce une allocution après l’annonce des résultats. Forte du plus haut score atteint par le FN au premier tour d’une élection présidentielle, la présidente estime que son parti est désormais « la seule et véritable opposition à gauche ». Déclarant que « le premier tour n’est pas une fin en soi, mais un commencement », la présidente du Front national appelle à « un rassemblement des patriotes de droite comme de gauche, des amoureux de la France et de l’exception française ». Mettant déjà le cap sur les élections législatives, Louis Aliot, vice-président du parti, affirme que « ce qui permettrait de dire que la démocratie française, et le renouveau du peuple, est en marche, ce serait qu’il y ait un groupe parlementaire du Front national. »

François Bayrou, qui n’a pas atteint les 10 %, se dit « déçu du résultat ». Lors de son allocution, il annonce qu’il ne donnera pas de consignes de vote avant quelques jours. D’après son entourage, le président du MoDem pourrait bien ne se prononcer en faveur d’aucun des deux candidats.

Dès l’annonce des premières estimations, Eva Joly appelle « tous celles et ceux qui ont voté pour [elle] et au-delà à se rassembler derrière la candidature de François Hollande. »

Jean-Luc Mélenchon, après l’annonce des résultats, appelle à « battre Nicolas Sarkozy » au second tour.

Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris, se réjouit du faible score de Marine Le Pen dans la capitale. « Marine Le Pen à 6 %, c’est un bonheur que je ne peux pas dissimuler ! », déclare-t-il. Avec 34,8 % des voix, François Hollande est, en outre, le premier candidat de gauche à arriver en tête à Paris lors du premier tour d’une élection présidentielle.

Dans la soirée, François Hollande refuse catégoriquement l’idée des trois débats proposée par Nicolas Sarkozy. « Comme Nicolas Sarkozy est en mauvaise posture, il voudrait changer la règle. Eh bien, on ne change pas la règle quand on est un mauvais élève. Quand on a eu une mauvaise note, on ne demande pas à changer de professeur ! », lance-t-il à l’attention de son rival.

> Lundi 23 avril 2012 – L’UMP s’en prend à François Hollande après son refus de participer à trois débats, Nicolas Sarkozy en tête. « Lorsque François Hollande débattait tranquillement entre camarades socialistes, il proposait trois débats, rappelle le président sortant. Maintenant, il s’agit de débattre devant les Français, projet contre projet, personnalité contre personnalité, expérience contre expérience. Les Français ont le droit de savoir, M. Hollande ne doit pas fuir. ». Laurent Wauquiez se montre plus indigné encore : « Hollande refuse de faire trois débats de transparence devant les Français. Quel mépris à l’égard des électeurs ! C’est Tartuffe fait roi ! ». Pour Nathalie Kosciusko-Morizet encore, « François Hollande cherche tous les arguments pour fuir le débat ». Côté socialiste, Manuel Valls ne voit pas pourquoi François Hollande devrait « céder au caprice de Nicolas Sarkozy ».

Les premiers sondages de l’entre-deux-tours donnent tous François Hollande largement gagnant. Le candidat socialiste s’imposerait avec 53 % des voix pour BVA, 54 % pour Ipsos, 55 % pour Harris Interactive, 54,5 % selon l’Ifop et 56 %  selon CSA.

Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon réaffirme sa position déclarée dimanche soir : « En aucun cas, nous ne nous «rallions» ni ne «soutenons» F. Hollande. Nous continuons pleinement le mouvement insurrectionnel. Le bulletin Hollande, nous ne ferons que l’utiliser momentanément pour barrer la route à la droite extrême de Sarkozy. »

En déplacement en Bretagne, François Hollande rend Nicolas Sarkozy responsable de la percée du Front national au premier tour. « Le responsable de la montée de l’extrême droite, c’est celui qui a utilisé parfois les mots de l’extrême droite pour essayer de contrecarrer sa progression », affirme-t-il. « C’est celui qui depuis cinq ans a fracturé un certain nombre de droits fondamentaux. C’est celui qui a laissé le chômage atteindre 10 % de la population active. C’est celui qui a laissé faire le libre-échange [...] et qui n’a pas dominé la finance. »

François Bayrou annonce qu’il donnera ses consignes de vote le 3 mai, au lendemain du débat télévisé entre les deux candidats.

> Mardi 24 avril 2012 – François Hollande affirme dans Libération que « le vote FN a changé de nature entre 2002 et 2012 ». Pour le candidat socialiste, une bonne partie de l’électorat de Marine Le Pen « vient de la gauche et devrait se retrouver du côté du progrès, de l’égalité, du changement, de l’effort partagé, de la justice, parce qu’il est contre les privilèges, contre la mondialisation financière, contre une Europe défaillante. » Le rival de Nicolas Sarkozy se fait ainsi un devoir de les ramener à gauche. « À moi de les convaincre que c’est la gauche qui les défend, a-t-il poursuivi. C’est ma responsabilité de m’adresser tout de suite à ces électeurs qui n’adhèrent pas forcément aux idées du FN mais qui expriment, avant tout, une colère sociale. »

En déplacement à Longjumeau (Essonne), Nicolas Sarkozy part lui aussi à la conquête des électeurs du FN. Jugeant le parti d’extrême droite « compatible avec la République », le président candidat affirme que « ce vote n’est pas répréhensible. S’il l’était, la République lui aurait interdit de se présenter. ». Le président sortant n’a pas caché son intention de « tirer les conséquences » de ce vote, en prenant « des engagements suffisamment précis pour que les électeurs [du FN] sachent qu’on a compris leur message ».

À l’espace Maucassin, à Paris, Nicolas Sarkozy tient une réunion en urgence devant les parlementaires pour clarifier le discours de l’UMP au sujet du FN. « Il ne faut pas répondre à la question piège sur un deuxième tour PS-FN, a-t-il ordonné. M. Hollande peut discuter de façon honteuse avec l’extrême gauche la plus radicale, et ça, c’est la démocratie, et vous, vous seriez sommés de dire pour qui vous voteriez en cas de duel FN-PS ! C’est seulement un piège. C’est un cadeau à Marine Le Pen. Après, elle n’a qu’à aller aux 20 heures et dire «regardez, ce sont tous les mêmes» ! ». Cette consigne fait suite aux déclarations de Chantal Jouanno qui, le matin même, avait affirmé qu’en cas de duel PS-FN, sa « responsabilité » serait de « voter PS ».

François Hollande refuse toujours de participer à plus d’un débat avec Nicolas Sarkozy, malgré la proposition commune d’Europe 1, RTL, RMC et France Inter d’en organiser un avant la fin de la semaine, qui serait diffusé sur les quatre antennes. L’UMP s’en indigne toujours, à l’image de Franck Riester, député de Seine-et-Marne, qui dénonce « l’attitude méprisante de François Hollande, qui ne cesse de refuser tous les débats qui lui sont  proposés. »

Sur France Bleu, Gilbert Collard, président du comité de soutien à Marine Le Pen, annonce que la président du FN appellera « probablement à voter blanc ». La troisième candidate du premier tour s’exprimera officiellement à ce sujet le 1er mai.

> Mercredi 25 avril 2012 – Eric Ciotti, député UMP des Alpes Maritime, dénonce « l’attitude complice et irresponsable du Parti socialiste et de son candidat » après l’appel en faveur de François Hollande lancé par de nombreux représentants religieux, qui réunirait plus de 700 mosquées. L’initiative a été lancée par Abderrahmane Dahmane, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions de diversité, éconduit en 2011.

L’UMP clarifie sa position vis-à-vis du FN. Sur France Info, Nicolas Sarkozy assure qu’il n’y aura « pas d’accord » et « pas de ministre » issu du parti de Marine Le Pen s’il est réélu. Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, estime que le parti d’extrême droite est un « ennemi » de la majorité. Sur Europe 1, François Baroin affirme qu’« il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura pas d’alliance avec le FN ». Quant à Roselyne Bachelot, « c’est comme si on [lui] demandait si [elle] accepterai[t] de siéger avec des gens venus de Mars. » Le président-candidat a confirmé ce choix : il n’y aura « pas d’accord », avec le Fn, « pas de ministre » issu du parti de Marine Le Pen au gouvernement s’il est élu.

Après que Nicolas Sarkozy a, la veille, affirmé que le Front national était « un parti démocratique », Marine Le Pen, au micro de Sud Radio, estime que « ce qui est scandaleux, c’est d’avoir dit l’inverse pendant des années ».

François Bayrou dénonce la « validation de la thèse du FN » par Nicolas Sarkozy, après que le président-candidat a affirmé que « les préoccupations » des électeurs du MoDem et du FN étaient « les mêmes ». « Les propos de Nicolas Sarkozy tendant à confondre les électeurs qui ont voté pour moi et pour Marine Le Pen sont absurdes et offensants. », déclare l’ex-candidat centriste.

> Jeudi 26 avril 2012 – L’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing appelle à voter pour Nicolas Sarkozy dans Le Parisien.

Après la mise en examen pour homicide volontaire d’un policier ayant tué un criminel multirécidiviste, Nicolas Sarkozy, en meeting au Raincy (Seine-Saint-Denis), demande « que le droit de la légitime défense évolue dans un sens plus protecteur pour les policiers et les gendarmes », évoquant la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les forces de l’ordre, une proposition figurant dans le programme de Marine Le Pen.

Invité de l’émission Des Paroles et des Actes, Nicolas Sarkozy se rapproche d’une proposition de Marine Le Pen, celle du retour à la peine de perpétuité réelle, déclarant : « Cela ne me choque pas, je suis allé dans ce sens avec la rétention de sûreté ». En fin d’émission, le président sortant donne un indice sur l’identité de son éventuel Premier ministre en cas de réélection. « Pour la situation actuelle de notre pays, il faut quelqu’un qui ait une certaine expérience », indique-t-il.

Invité de la même émission, François Hollande revient sur la polémique soulevée par les déclarations de Nicolas Sarkozy au sujet du Front national. Selon le candidat socialiste, le FN « est autorisé dans la République et conteste un certain nombre de valeurs de la République. […] Le Front national est autorisé à se présenter, note-t-il. Est-ce que son fonctionnement est démocratique ? Ça, je n’ai pas de vérification ». Sur les sujets économiques, François Hollande répond indirectement à la chancelière allemande Angel Merkel, qui a le jour même opposé une fin de non-recevoir à son projet de renégociation du traité européen de stabilité financière : « Ce n’est pas l’Allemagne qui va décider pour l’ensemble de l’Europe », assène le candidat socialiste.

Le Parti socialiste s’indigne unanimement après que Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, s’est moqué de Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, en la surnommant «  Valérie Rottweiler ». D’après Pierre Moscovici, le directeur de campagne du candidat socialiste, « Nicolas Sarkozy mène, dans l’entre-deux-tours, une campagne proche de l’indignité. Il se sent sans doute dans une situation compliquée, peut-être désespérée, utilise tous les arguments qui permettent de discréditer son adversaire quitte à proférer des mensonges les plus énormes, les plus insupportables, les plus odieux. ». En cause également, l’appel à voter Hollande de 700 mosquées, démenti le jour même par le ministère de l’Intérieur.

Les « humanistes », l’aile centriste de l’UMP, publient une lettre dans laquelle ils appellent à voter Nicolas Sarkozy au second tour. Parmi les signataires figurent entre autres Jean-Pierre Raffarin, Jean Léonetti, Marc Laffineur et Chantal Jouanno. Autre signataire, Etienne Pinte, député de Yvelines, estime que l’UMP « est déjà aujourd’hui très divisée, entre la Droite populaire, la Droite sociale, la Droite humaniste ». Selon lui, en effet, la majorité « se trompe en reprenant des thématiques de Marine Le Pen. […] Nous sommes très gênés, ajoute-t-il. Un grand nombre de parlementaires, même s’ils ne disent rien, n’en pensent pas moins, poursuit-il. Il faut avoir le courage de dire ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord. ».

> Samedi 28 avril 2012 – Dans le journal Le Monde, Dominique de Villepin publie une tribune intitulée « La droite m’effraie, la gauche m’inquiète ! », dans laquelle il renvoie dos à dos les deux candidats du second tour, dont aucun n’est selon lui « à même d’apporter les réponses nécessaires à une crise d’une gravité exceptionnelle ». « Je ne supporte pas l’hystérie générale qui s’est emparée de l’élection dans laquelle le peuple français est pris en otage par six millions d’électeurs en colère. Aujourd’hui, tout se passe comme s’il n’y avait en France que des électeurs du Front national. », s’indigne Dominique de Villepin, qui se refuse à donner une consigne de vote pour le second tour.

> Dimanche 29 avril 2012 – En meeting à Toulouse, Nicolas Sarkozy déclare que « La France n’a pas le droit à l’erreur, parce que l’erreur se paiera pendant des décennies ». Toujours donné largement perdant dans les sondages, il confie ne s’être « jamais autant battu en trente-cinq ans » et admet compter sur « la fameuse mobilisation de la dernière minute ».

Sur Canal +, le président sortant affirme encore qu’« il n’y a jamais eu depuis trente-cinq ans qu’ [il est] dans la vie politique et depuis le début des années 1980, où Jean-Marie Le Pen est arrivé dans le paysage politique, la tentation, l’idée ou la tentative d’un quelconque accord avec le Front national », et répète qu’ « il n’y aura pas de ministre du Front national, il n’y aura pas d’accord avec le Front national, ils ne seront pas dans la majorité. ».

François Fillon et Nicolas Sarkozy s’insurgent contre le site d’informations Mediapart, à la suite de la publication la veille par celui-ci d’un document à l’authenticité douteuse, présenté comme émanant des services secrets libyens et affirmant que le régime de Kadhafi aurait subventionné la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 à hauteur de 50 millions d’euros. Le président-candidat dénonce une « infamie » et accuse la gauche de lancer des « boules puantes […] d’une façon scandaleuse », tandis que le Premier ministre, qualifiant l’affaire de « calomnie », définit Mediapart comme « une officine financée par des riches amis de François Hollande ».

En meeting à Bercy, à Paris, François Hollande durcit le ton contre son rival. « Je n’ai pas misé sur je ne sais quel ressentiment ou rancune, j’ai refusé de flatter les sentiments médiocres, de pratiquer la surenchère », assène-t-il devant 20 000 militants, dénonçant « ceux qui craquent des allumettes, qui allument des mèches, ceux qui jouent avec le feu, ceux qui mettent l’étranger au cœur de cette campagne, ceux qui mettent en cause les pauvres parce qu’ils seraient des assistés, ceux qui mettent en cause une religion qu’ils regardent avec méfiance ».

Dans la perspective des élections législatives, l’alliance entre PS et Front de gauche se confirme, alors que François Hollande déclare que « Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, doit parler au président du Front de gauche pour ces questions de circonscriptions parce qu’il n’est pas question qu’il y ait un risque d’avoir un duel FN-droite aux élections législatives qui arrivent ».

Dans une interview à Midi libre, Marine Le Pen estime que Nicolas Sarkozy « n’a pas respecté [ses] électeurs ». « On ne peut pas appeler mes électeurs à voter pour lui tout en disant que, dans un duel entre le Front national et le PS, on laissera passer le PS », affirme la présidente du Front national, qui renvoie une nouvelle fois dos à dos les deux candidats du second tour. En anticipation des législatives, elle ajoute que « le vrai espace de liberté demain, ça va être le Parlement. Le combat, c’est là qu’il va devoir être mené. ».