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Les sémantiques modernes de l’intégration socio-politique :‘Communauté’ – ‘société’ – ‘solidarité’

Projet collectif déposé dans le cadre de l’appel à projets interne à Sciences Po (6 mars 2009).

Coordinateur scientifique : Alexandre Escudier (CEVIPOF).

La sémantique « Communauté versus Société » ou le problème moderne de l’« intégration socio-politique »

Depuis le XIXe siècle, l’idée de « communauté » est une catégorie constitutive de la modernité politique et sociale (Raulet/ Vaysse 1995). Chargée positivement, elle désigne des cadres sociaux d’existence optatifs, stables sur la moyenne durée, légitimés par l’expérience de la tradition et des institutions éprouvées par le temps. Connotée négativement, elle est l’antonyme polémique de la notion moderne de « société » – à la fois « société civile » différenciée par rapport à l’Etat et « société des individus » assurant la sortie sociologique puis politique des ordres verticalement différenciés et horizontalement intégrés de l’Ancien Régime. L’ouvrage célèbre de F. Tönnies Gemeinschaft und Gesellschaft (1887) résume ainsi l’évolution sémantique du siècle écoulé et en reconfigure les principaux attendus suivant une conceptualité sociologique nouvelle.

Cette radicale distinction entre « communauté » et « société » n’est en fait que de date récente (Riedel 1975). Le présent projet se donne pour ambition de tester l’hypothèse de recherche suivant laquelle la sémantique polémique « communauté versus société » a cristallisé aux XIXe et XXe siècles (et aujourd’hui encore sous la modalité du multiculturalisme) le passage difficile des sociétés européennes à la modernité politique et sociale.

Un certain nombre de moments-charnières de cette histoire seront pour ce faire retenus. Pour chaque étape, des langages et des discours politiques seront analysés comme à la fois « indicateurs » et « facteurs » d’expériences socio-politiques spécifiques, moyennant une reconfiguration continue de l’horizon d’attente des acteurs ainsi que de leurs conduites. Méthodologiquement, une telle « sémantique historique » ne se soutient pas d’elle-même ; aussi bien chaque série discursive sera-t-elle réancrée (mais non diluée quant à son efficace symbolique) dans des contextes praxéologiques précis, des champs d’action stratégiques et des espaces sociaux de contrainte relative. Ce que nous aimerions poser ainsi à nouveaux frais, c’est in fine la question tranversale à la modernité de la difficile « intégration politique et sociale » de sociétés modernes, fonctionnellement de plus en plus différenciées et foncièrement pluralisées quant à leurs horizons de valeurs et de sens. C’est du même coup la question de l’instable stabilité des régimes politiques régulant de telles sociétés individualistes pluralistes qui se trouvera posée

Bibliographie

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